Interview – Arnaud Giroux, graphiste et membre d’Emigrate

Suite à notre précédant article sur le clip Always On My Mind d’Emigrate, nous avons eu l’occasion d’échanger avec Arnaud Giroux, illustrateur du clip et bassiste du groupe.

Rock’n’News – Vous êtes membre d’Emigrate depuis les premiers albums, vous avez donc pu voir l’évolution de ce projet. Dans quelle partie vous épanouissez-vous le mieux ? Plutôt dans la partie musicale ou bien la partie design ?

Arnaud Giroux Très franchement les deux. C’est un peu la même démarche créative. C’est raconter une histoire. Initier l’impulsion imaginative chez l’auditeur ou le spectateur au travers du son, de l’image ou de ces derniers combinés. J’aime beaucoup créer des univers et pour cela, l’audio comme le visuel sont des médiums dans lesquels j’adore évoluer.

R’n’N – Pour le tout dernier album, “The Persistence Of Memory”, vous avez choisi une ambiance sombre liée à l’espace et l’univers contrairement aux précédents qui possédaient des pochettes claires. Pourquoi ce choix ?

A.G. – Je dirais que c’est dans l’air du temps. Il y a dans l’inconscient collectif une crainte sourde de fin du monde, de soft apocalypse avec le changement climatique et ses conséquences, puis, par le fait, l’espoir de faire une échappée vers les étoiles afin d’y trouver un nouveau refuge. Sans rentrer dans les détails, c’est le sujet sous jacent du visuel pour le dernier opus du groupe. Les pochettes d’albums d’Emigrate, aussi lumineuses soient elles, émergent toujours d’une graine plantée dans un sol un peu sombre.

R’n’N – On retrouve dans l’ensemble des illustrations que l’aspect industriel et les effets de destructions sont très présents. Est-ce la caractéristique principale et la ligne directive pour vous quand vous imaginez une nouvelle illustration ?

A.G. – Pas vraiment. L’espace et les étoiles étaient dans la conversation pour le recto de l’album, mais le reste des illustrations, c’est l’histoire que je me suis faite autour de cette nébuleuse et de cette terre moribonde, vide de vie et de lumière. De facto, l’aspect industriel et la destruction me semblaient cohérent. J’ai envoyé les idées à Richard qui a validé sans poser de questions. Il a bien compris où je voulais en venir et le connaissant, il s’est fait son propre narratif avec ces images. J’ai proposé un grand nombre de visuels. Nous avons sélectionné ceux qui nous semblaient les plus costauds.

R’n’N – Ce mardi 21 décembre 2021, le clip Always On My Mind que vous avez animé a été mis en ligne et on y voit au centre de l’échiquier le personnage mythologique d’Atlas portant la Terre sur ses épaules mais ce personnage est féminin. Est-ce qu’il y a une symbolique derrière ce choix ?

A.G. – Oui, tout à fait. Au centre de cet échiquier figure le graphique de l’arcane 21 du Tarot de Marseille. Sur cette carte est représentée une femme (certains diront un androgyne). Au sens propre comme au sens figuré, ce sont les femmes qui portent ce monde. Le texte d’Always On My Mind décrit les regrets d’un homme qui pense ne pas avoir agi de la meilleur façon avec une femme qu’il aime peut-être encore. D’une certaine manière, nous pouvons résumer ce texte à « c’est quand nous sommes privé de quelque chose que nous en réalisons la valeur ». J’ai voulu déplacer cette idée avec la planète, d’où la femme Atlas, pilier universel, plus une référence à quelque chose qui s’encre peut-être plus dans l’histoire de Till et de Richard

R’n’N – On imagine aussi que le symbole d’Atlas, qui est un pilier du ciel, symbolise la dureté de l’amitié entre Till Lindemann et Richard Z. Kruspe mais aussi ses faiblesses. Comment avez-vous procédé pour retranscrire ce lien entre les deux ?

A.G. – Disons que dans mon idée, ils en tombent tous les deux amoureux. Cet Atlas féminin n’est au départ qu’un objet portant une planète morte, un truc sur lequel ces deux entités spéculent au travers du jeu. Il n’y a que quand elle reprend vie et se lève pour elle-même que leurs regards changent. Elle suscite l’intérêt, la fascination, puis l’amour, et c’est ce regard qui la fait grandir, qui lui rend sa puissance et, finalement, inverse les rôles pour la faire gagner. Je pense que Till et Richard sont toujours deux ados joueurs. C’est comme ça que je les vois. De plus, se connaissant depuis très longtemps, ils n’ont pas partagés que des scènes et des chips dans les loges…

R’n’N – Comment se passe une session d’écriture/composition pour Emigrate ? Prenez-vous part au processus ou Richard compose tout seul et vous propose ses idées ?

A.G. – Ça part toujours d’une impulsion de Richard car c’est plus ou moins convenu comme ça. Cependant une fois les riffs posés, là, ça devient un collectif créatif. Les morceaux sont tordus dans tous les sens, il y a du doute, des 180 degrés, jusqu’à ce que nous ayons des certitudes. Il fait en général très confiance aux gens avec qui il collabore pour sa musique, ses textes et le reste. C’est somme toute assez démocratique. En tout cas c’est comme ça que je le vis.

R’n’N – Pour conclure, nous savons qu’il n’est pas prévu qu’il y ait des concerts pour Emigrate mais personnellement est-ce que ça vous intéresserait de monter sur scène et de jouer les chansons ?

A.G. – Carrément 🙂

Nous remercions encore Arnaud Giroux pour sa gentillesse et pour avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Vous pouvez retrouver Arnaud sur son Instagram et découvrir son travail sur son portfolio. Découvrez notamment des croquis préliminaires pour ce clip.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.